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La veille de l'HebdodesAG

La seule veille qui repose sur la présence effective à TOUS les rendez-vous de 700 sociétés cotées en France et à l'étranger : assemblées générales annuelles et extraordinaires, présentations de résultats semestriels et annuels, investor days

L'invité(e) est :

Bertrand Badré PDG Fondateur de Blue Like An Orange Sustainable Capital

PDG Fondateur de Blue Like An Orange Sustainable Capital

 

« Risk, Return & Impact » : les 3 dimensions du capitalisme du 21ème siècle

 

Vous soulignez que le capitalisme financier est entré dans une nouvelle ère 

 

Ou plutôt devrait entre dans une nouvelle ère. Le capitalisme 2.0 doit aujourd’hui faire face – entre autres – à la crise climatique, à la crise sociale. Il doit répondre à deux questions fondamentales : qu’est-ce que la société est capable de supporter, et qu’est-ce que la planète est capable de supporter ?

En d’autres termes, le capitalisme entre aujourd’hui dans une troisième phase. Au 19ème siècle, il a connu une première phase, axée sur le « Return » : c’est ce qui a donné naissance aux grandes industries. Au 20ème siècle, est venue l’époque du « Risk & Return » : là sont apparus les investisseurs, les Private Equity notamment ou le venture capital. Au 21ème siècle, maintenant, devrait s’ajouter une troisième dimension : c’est le « Risk, Return & Impact » : est-ce que je fais est en ligne avec les objectifs de développement durable ?

 

Pour vous, le système financier actuel est resté bloqué sur la logique des années 1970

 

Très largement oui même si nous entrons dans une phase qui pourrait être le début d’une transition : depuis la crise et les fractures mises à jour, on comprend que le système financier n’est plus adapté, mais on ne parvient pas à voir émerger un nouveau cadre.

La France a fait un premier pas, avec la loi PACTE, mais elle reste isolée. Les US, le UK, la Chine ne suivent pas naturellement cette voie. Le système financier, chez les anglo-saxons, est toujours calé sur le modèle de Milton Friedman, Prix Nobel d’Economie en 1970, qui affirmait que « L’unique responsabilité sociale de l’entreprise est d’accroître ses profits », faisant de cette formule un des piliers du modèle néolibéral. La Chine elle poursuit une voie ou l’Etat reste au cœur du système.

On a fait quelques aménagements, mais à la marge seulement. Des initiatives existent, bien sûr, et elles sont très bonnes ; la finance verte, les green bonds, les fonds ISR sont importants, mais restent au fond une goutte d’eau dans l’ensemble du système. D’ailleurs, je pose souvent la question  e manière un peu provocatrice : s’il y a des poches d’investissement ISR, cela veut-il dire que le reste, la majorité des investissements, sont socialement irresponsables ? Il faut être lucide et constater que pour l’instant, nous sommes toujours ancres dans la logique qui s’est imposée à la fin des années 1970.

 

Comment expliquez-vous que notre système ne se soit pas adapté en 40 ans ?

 

J’avais l’espoir que la crise de 2008 permettrait de remettre les choses à plat et de redémarrer sur des bases totalement nouvelles. Nous connaissons tous l’adage attribué à Churchill « Never Waste a Good Crisis » : lors d’une crise, les paradigmes et les règles établies peuvent être remis en question.  Mais le choc de 2008-2009 n’a rien changé. Bien au contraire. Nous avons consolidé le systéme sans le réinventer. Le système financier est devenu paradoxalement peut-être encore plus court-termiste : on a renforcé les sécurités de court terme, par peur des chocs possibles. Qu’il s’agisse des normes comptables, du mode de reporting imposé aux entreprises cotées, des mécaniques de calcul des « bonus », tout est en fait articulé d’abord sur une perspective annuelle ou infra-annuel. Le « mark-to-market » ; qui est un élément important de notre approche compybale, repose quand même sur la vision :  « combien valent mes actifs si je vends aujourd’hui ? ».

 

Alors, comment s’y prendre ?

 

J’ai longtemps été plutôt un incrémentaliste, c’est-à-dire en faveur de réformer le système, pas à pas. Mais cela ne fonctionne pas ou plus. Je pense que ce qui ne fonctionne pas, c’est que dans la plupart des pays, les progrès viennent de personnes ou d’initiatives individuelles et souvent isolées et dépendent encore trop souvent de la bonne volonté de quelques uns alors que le paradigme, le cadre, sont restés ceux qui ont mené le système financier actuel à l’impasse que nous connaissons.

 

Il faut donc transformer le système de l’intérieur. La première chose est de travailler les règles pour rétablir une vision de long terme, nécessaire à un développement durable. Il n’ y pas bas le bon long terme et le mauvais court terme. Il y a du bon et du mauvais a tous els horizons. Mais il ne faut pas que le système biaise l’analyse. Tous les Etats ont signé les objectifs du développement durable ; il faut à présent se demander ce que cela signifie en termes de réglementation, d’enseignement dans les écoles, de cadre comptable, de mode de reporting. Ce sont tous ces changements concrets qui, tous ensemble, permettront de transformer le système de l’intérieur.

 

Vous soulignez que dans cette phase instable, c’est la sincérité et l’intégrité des acteurs qui va être sous les projecteurs

 

Bien sûr, comme toute phase de transition. On passe d’un monde où le gouvernement est central à un mode où il faut apprendre la gouvernance, c’est à dire  trouver une façon de faire travailler ensemble le secteur public, les acteurs privés, les associations, la société civile, le monde académique.  Tous ont à la fois de grandes attentes et de grandes peurs. Aujourd’hui,  personne n’a encore trouvé la solution, on sait que les choses sont en train de se faire. Dans cette phase, on va tester davantage l’intégrité des modèles d’entreprises, se demander « est-ce que vous faites ce que vous dites, est-ce que vous dites ce que vous faites ? ».

 

A son échelle, Blue Like An Orange participe à cette construction d’un nouveau monde.

L’idée de Blue like an Orange est de mobiliser l’épargne des pays notamment développés pour financer le développement durable des pays émergents et en développement, c’est-à-dire financer les infrastructures, l’éducation, le logement, l’agriculture, l’accès à la finance. Nous avons choisi de commencer en Amérique Latine.  Nous avons recruté l’équipe en 2017, avons réalisé un premier closing a l’été 2018 et sommes fiers d’avoir réalisé nos deux premiers investissements.

Bertrand Badré est aujourd’hui le CEO et fondateur du fonds d’investissement Blue Like an Orange Sustainable Capital, créé en 2017. Ce fond recherche simultanément des rendements proportionnels aux risques pris et un impact en ligne avec les objectifs de développement durable. Auparavant, il a été directeur général de la Banque mondiale, directeur financier du Crédit Agricole et de la Société Générale, ainsi qu’ancien Conseiller pour l’Afrique et le développement auprès du Président Jacques Chirac.