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La seule qui repose sur la présence effective à TOUS les rendez-vous des sociétés cotées : assemblées générales annuelles et extraordinaires, présentations de résultats semestriels et annuels, investor days

La veille de l'HebdodesAG

La seule veille qui repose sur la présence effective à TOUS les rendez-vous de 700 sociétés cotées en France et à l'étranger : assemblées générales annuelles et extraordinaires, présentations de résultats semestriels et annuels, investor days

L'invité(e) est :

Frédéric Micheau, Directeur du Département Opinion & Politique d’OpinionWay

Directeur du Département Opinion & Politique d’OpinionWay

 

 

« Les entreprises estiment prioritaire de contribuer au bonheur de leurs salariés (96%) »

Nous avons observé, au cours des dernières années, que le dialogue actionnarial s’articulait souvent autour des mêmes enjeux que le débat public que vous auscultez tous les jours. Quels thèmes identifiez-vous pour 2019 ?

 

Nous observons, principalement, deux thèmes : le refus de la pression fiscale et, ce qui est lié, une défiance grandissante de la majorité de la population envers ce qu’elle identifie comme étant l’élite : les gouvernants et les élus, les grandes entreprises …

 

Vous placez le sujet fiscal en haut de la pile, parce que vous l’identifiez comme révélateur d’une grande déception des citoyens envers leurs dirigeants

 

C’est un sujet fiscal, la hausse de la taxe sur les carburants, qui a déclenché le mouvement des Gilets Jaunes, qui a reçu, d’après nos études, le soutien de 70% des Français. Cette crise du pouvoir d’achat est aussi une crise de la démocratie représentative : les Français ont le sentiment que les dirigeants n’accomplissent pas les réformes et augmentent les impôts par facilité. Le ressenti de beaucoup de Français est que les pouvoirs publics n’arrivent pas à réformer structurellement l’Etat, et c’est cette impuissance qui est pour eux la plus inquiétante.

La hausse de la taxe sur les carburants est arrivée au moment où les Français voyaient que la situation économique ne s’améliorait pas aussi vite que prévu.  Le chômage ne baisse pas, les comptes publics sont dégradés, la dette publique frôle la barre symbolique des 100% de PIB. Dans le refus de la pression fiscale, il faut lire aussi une déception sur le fait que l’Etat n’est pas ou plus l’organe tout-puissant que les citoyens croyaient. Un sujet symptomatique est celui des GAFA : à chaque étude que nous faisons, nous mesurons à la fois une colère contre ces « grandes entreprises américaines qui ne paient pas d’impôts en France  et détruisent les emplois», et un scepticisme concernant la capacité des pouvoirs publics à les faire payer et à protéger les emplois des petites entreprises qui se sentent menacées par l’arrivée d’Amazon par exemple.

 

Moins de deux ans après la prise de fonctions d’Emmanuel Macron, le délai d’évaluation est court ; comment expliquez-vous cette rapidité ?

 

Nous observons de façon générale une accélération de tous les délais que se donne l’opinion pour se forger un jugement.  Les dirigeants doivent faire leurs preuves de plus en plus rapidement.

 

Pour vous, les mesures prises par le gouvernement n’ont pas clos le sujet

 

A présent, une partie de plus en plus importante des Français souhaite que le mouvement s’arrête. Mais l’opinion publique n’est pas encore faite sur les « débats citoyens » qui doivent se tenir  début 2019. Arriveront-ils à quelque chose de concret qui permettra de baisser les impôts, ou est-ce une simple opération de communication ?

Au-delà, subsiste le thème, de la défiance envers les dirigeants, et plus largement envers toute l’élite.

 

Vous identifiez, comme deuxième thème pour 2019, une mise ne cause des élites. Qu’entendez-vous par là ?

 

L’élite rassemble sont les Français les plus fortunés, les plus diplômés, qui résident dans les grandes métropoles, bénéficient et adhèrent à la mondialisation… dans nos enquêtes M. Macron est perçu comme le « Président de l’élite », par sa formation, son passage par la banque, mais également une image de condescendance et de déconnection d’avec la réalité des Français.

Par opposition, « le peuple » regroupe les Français qui habitent loin des villes, sont obligés d’avoir une voiture pour aller travailler, rencontrent des problèmes de fins de mois et ont le sentiment d’être oubliés. Ceux qu’on appelait « les invisibles », parce que jamais les media n’en parlaient, ont eu un visage pour la première fois grâce aux Gilets Jaunes. C’est pour cela aussi que le mouvement a attiré la sympathie d’autant de Français.

 

Le clivage entre l’élite et « le peuple » devient aussi un clivage entre multinationales et petites entreprises, et même entre les grandes entreprises et leurs salariés ?

 

Oui, ces deux clivages se superposent. Dans une partie de l’opinion publique, il existe toujours cette représentation des grandes entreprises bénéficiant d’une manne financière considérable qu’elles redistribueraient uniquement à leurs actionnaires.

 

Sur cette place de l’entreprise dans la cité, il y a en 2019 la perspective de la loi PACTE. Quels sont les enseignements de vos enquêtes sur le sujet ?

 

En 2016, pour Entreprises & Progrès, nous avons réalisé une enquête auprès de 400 entreprises d’une part, et du grand public d’autre part.

Il ressortait, pour 96% des dirigeants d’entreprise interrogées, le premier objectif du chef d’entreprise est de contribuer au bonheur de ses salariés.

D’autres caractéristiques de cette étude ont été reprises dans la loi PACTE : l’idée que les entreprises sont redevables de leur empreinte environnementale, ou celle que l’apport sociétal doit être mis sur un pied d’égalité avec la performance économique.

De fait, nous observons, depuis plusieurs années déjà, chez les petites et moyennes entreprises, davantage de prise en compte des territoires sur lesquelles elles sont implantées, et une conscience plus forte des enjeux environnementaux.

 

 

 

Bio Frédéric Micheau

Frédéric Micheau dirige le Département Opinion et Politique d’OpinionWay depuis 2014.

Diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, il débute sa carrière en 2000 au sein de l’institut CSA. Il rejoint ensuite l’Ifop en 2005 au sein du Département Opinion et Stratégies d’Entreprise, dont il est nommé Directeur Adjoint en 2010.

Spécialisé dans les études politiques et électorales, Frédéric Micheau a également développé une forte expertise concernant les problématiques d’image et les stratégies d’opinion.

Il est enseignant à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (cours sur « Les sondages politiques »).

Il est l’auteur de La prophétie électorale : les sondages et le vote (Editions du Cerf, 400 pages, 2018).

 

Bio Opinionway

 

OpinionWay est un institut d’études et de sondages d’opinion. Créé en 2000, OpinionWay rassemble aujourd’hui 90 personnes, environ un millier de clients, une présence étendue au continent africain, et une croissance annuelle de 10% depuis plusieurs années.