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« People, Profit, Planet », Michelin incarne les engagements du CAC 40

édito 4 août 2022

Les sociétés du CAC 40 ont à présent toutes annoncé leurs résultats du premier semestre : 16% de croissance du chiffre d’affaires en moyenne, 25% de croissance des marges, des perspectives 2022 revues à la hausse pour la moitié d’entre elles. Les indicateurs macro ont beau être tous au rouge, cela ne les ralentit pas. Le CAC 40 cumule aujourd’hui près de 73 milliards d’euros de bénéfices au premier semestre, vs 60 milliards 2021, un semestre déjà record. Ailleurs en Europe, les sociétés cotées sont aussi toniques, avec des chiffres un tout petit peu en-deçà – 13% de croissance en moyenne pour le chiffre d’affaires, 24% pour la marge, et une proportion de seulement un quart à rehausser leurs objectifs pour 2022.

Le CAC 40 bénéficie d’un appel d’air sectoriel : pétrole, défense et luxe. Totalénergies profite de la hausse du baril de pétrole et du prix du gaz, avec le meilleur résultat net du CAC40, plus de 10 milliards d’euros ; Engie, premier fournisseur de gaz en France, double son bénéfice, à 5 milliards d’euros. Airbus, Thalès et Safran ont des carnets de commandes gonflés par les commandes d’armement de tous les pays face à la guerre d’Ukraine. LVMH, Hermès, Kering et L’Oréal signent un nouveau semestre record, malgré le ralentissement de la Chine toujours partiellement confinée. Leur clientèle, peu sensible à l’inflation, a absorbé les hausses de prix. S’y ajoute un effet de change bénéfique pour ce secteur : les entreprises du luxe ont des coûts de production en euros, et exportent beaucoup en dollars, qui se sont appréciés de 20% en six mois.

Si les entreprises réussissent de façon aussi spectaculaire, c’est aussi parce qu’elles ont su très vite se redéployer. Lorsque la guerre d’Ukraine a éclaté en février, toutes les entreprises en Europe ont revu leur stratégie. LMVH, L’Oréal et Hermès, ont précisé en fermant leurs boutiques de Moscou que l’impact sur le chiffre d’affaires global de leurs groupes serait faible ; STMicroelectronics a indiqué qu’il « saurait gérer » les perturbations des approvisionnements en néon, un gaz essentiel à la production de semi-conducteurs. Renault et Société Générale ont été plus touchés, étant très présents en Russie. Renault a vendu sa participation dans le constructeur Avtovaz, qui fabrique notamment les Lada, et Société Générale la sienne dans la banque Rosbank, occasionnant des charges exceptionnelles ce semestre de plusieurs milliards d’euros. Ailleurs en Europe, Carlsberg, le quatrième brasseur du monde, a fait un profit warning en février, expliquant que les ventes en Russie et Ukraine représentaient 13% de son chiffre d’affaires ; au final, il a presque atteint l’objectif initial, grâce à une réorientation sur des bières premium. La montée en gamme qui permet de surmonter l’inflation en faisant passer des hausses de prix, voilà le leitmotiv 2022 de tous les secteurs, de Saint-Gobain à Danone, Renault ou Stellantis.

Face à leurs succès commerciaux, les entreprises gardent la tête froide. Vigilantes, elles ont mis en place des plans de réductions de coûts massifs, même si elles vont très bien. Au cas où … les taux monteraient trop hauts, la guerre d’Ukraine durerait trop longtemps, la Chine resterait fermée, le prix de l’énergie flamberait, voire le gaz ne serait plus accessible du tout, et d’autres mauvaises surprises encore. Les entreprises annoncent le meilleur mais se préparent sereinement à tous les scenario, même les pires. Sanofi prévoit 225 millions d’euros d’économies en 2022, par une meilleure efficacité opérationnelle, Veolia annonce 350 millions d’euros, sans compter 100 millions liés à l’intégration de Suez ; au Royaume-Uni, Diageo vise 380 millions de livres. Signe des temps, ces plans de réductions de coûts se font sans licenciements. A l’inverse, ils s’appuient sur les femmes et les hommes qui composent l’entreprise. Mercedes Benz explique comment le groupe va parvenir à ses objectifs en formant chaque salarié à la « culture du cash ». La crise sanitaire de 2020 a resserré les liens des entreprises, le corps social devient un nouveau levier de réussite. Signe des temps également, deux-tiers des entreprises font un point d’étape sur leurs engagements environnementaux, une transparence qui n’existait pas avant la crise Covid.

Michelin et son slogan « People, Profit, Planet » résume l’état d’esprit du CAC 40 version été 2022 : ambitieux et volontaire sur les objectifs financiers, attentif sur le développement des équipes et la protection de la planète.

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