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La seule qui repose sur la présence effective à TOUS les rendez-vous des sociétés cotées : assemblées générales annuelles et extraordinaires, présentations de résultats semestriels et annuels, investor days

La veille de l'HebdodesAG

La seule veille qui repose sur la présence effective à TOUS les rendez-vous de 700 sociétés cotées en France et à l'étranger : assemblées générales annuelles et extraordinaires, présentations de résultats semestriels et annuels, investor days

L'invité(e) est :

Marie-Laure Sauty de Chalon, Présidente du groupe Aufeminin.com

Vous êtes administratrice indépendante dans deux Conseils qui ont innové en créant des Comités RSE (pour Carrefour) et Ethique et Développement Durable (pour LVMH) dont vous faites partie. Que traitent ces Comités ? Quel est leur apport au reste du Conseil, par rapport aux autres Comités plus classiques d’Audit, Nominations et Rémunérations ?

Je ne suis effectivement pas dans des comités traditionnels car je suis plus attentive aux sujets de responsabilité sociale et environnementale. C‘est un énorme travail. Ce qui est très impressionnant dans les entreprises où je suis membre de ces Comités, c’est qu’il y a une exigence, un nombre de critères d’évaluation très forts sur des sujets extrêmement variés et différents les uns des autres, que ce soit l’attention portée aux collaborateurs et à la non-discrimination, aux partenaires et aux fournisseurs, à la biodiversité et au gaspillage alimentaire, la préservation des savoir-faire, etc. Ce sont des sujets tellement vastes que cela implique d’avoir absolument une méthode de travail. Les équipes fournissent énormément de documentation en amont, surtout dans des groupes de taille aussi importante que ceux dans lesquels je suis administratrice. Les Comités sont là pour accompagner, développer, approfondir une approche avec énormément de métriques. La différence avec les époques précédentes et l’exigence de ces nouveaux comités, c’est vraiment d’avoir des éléments d’appréciation et de contrôle de la transformation.

Leurs recommandations sont-elles suivies et mises en œuvre ?

C’est extrêmement suivi et même reporté au sein du Conseil d’Administration. Je peux vous assurer que sur l’ensemble des engagements, il y a une vigilance apportée par l’ensemble des membres et l’ensemble des maisons. D’ailleurs dans la plupart des cas ce n’est pas seulement un sujet de Comité et du Conseil, c’est un sujet qui s’impose à toute l’entreprise, à chacune des filiales.

Vous apportez aux Conseils dont vous faites partie une grande compétence digitale, qui était très rare quand vous avez été nommée la première fois. Avez-vous le sentiment que les choses ont changé depuis, que la culture digitale et la compréhension de ces enjeux par les Conseils est plus forte ?

La tendance du numérique m’amuse un peu car cela va faire vingt ans cette année que j’explique le digital. Il y a des moments où je me demande combien de temps cela va prendre ? Que cela ait mis cinq ou dix ans, peut-être, mais que cela mette encore du temps d’évangélisation au bout de vingt ans, cela paraît incroyable.

Je pense que les organisations ont été très réticentes au fond à appréhender le numérique, peut-être à cause de la bulle internet, peut-être aussi parce que beaucoup d’innovations venaient des Etats-Unis et d’Asie et non d’Europe. La culture digitale s’est ainsi développée très lentement. Heureusement il y a eu des phénomènes de rattrapage très accélérés. Aujourd’hui ce n’est plus un sujet, l’ensemble des entreprises sont numériques et j’espère l’ensemble des collaborateurs.

Ancienne membre de l’Observatoire de la Parité, vous avez beaucoup œuvré pour la féminisation des Conseils d’Administration. Aujourd’hui, le quota de 40% imposé par la loi est atteint dans toutes les entreprises. Qu’est-ce qui a été fait, qu’est-ce qui reste à faire?

Tout d’abord, c’est quand même triste d’avoir été obligés de passer par la loi ; c’est triste d’avoir vu des groupes industriels qui pensaient que jamais ce ne serait possible parce que leurs sujets étaient beaucoup trop techniques, qu’ils ne trouveraient pas des femmes compétentes. On s’aperçoit finalement que cela a été extraordinairement facile et aujourd’hui il n’y as plus de différence entre être un homme ou être une femme quand on est administrateur. Mais je ne vais jamais considérer que tout est fait puisque la parité dans les Conseils d’Administration n’est qu’un minuscule maillon de la chaîne. Le sujet aujourd’hui c’est la place des femmes, et de ce que l’on appelle l’ensemble des minorités mais si les femmes n’en sont pas une, dans les Comités de Direction des entreprises, dans les Comités Exécutifs, et là il y a encore beaucoup à faire.

TF1 a acquis 78% du capital d’Aufeminin auprès du groupe de médias allemand Axel Springer, et lancé une offre publique d’achat sur le solde du capital. Une fois l’opération achevée, si elle est un succès, Aufeminin ne sera plus cotée sur Euronext. Qu’est-ce que cela va changer pour la société ?

Etre coté en Bourse est une contrainte forte, il y a de nombreuses obligations administratives, de reporting et de communication financière. Cela créé une tension avec l’agilité dont nous devons faire preuve en tant que start-up. Mais cela donne de la visibilité. Par ailleurs, c’est très intéressant d’avoir des actionnaires minoritaires : c’est un contrepouvoir qui peut empêcher l’actionnaire majoritaire de prendre des décisions qui ne sont pas toujours dans l’intérêt immédiat de l’entreprise. Donc, si nous ne sommes plus cotés, il faudra apprendre à devenir une filiale de TF1. Avec   deux grands avantages stratégiques : une plus grande visibilité auprès des annonceurs en France et une accélération de nos capacités vidéo. Je serai néanmoins attentive à deux points qu’il ne faudra pas négliger: l’international, où Aufeminin a réussi à s’imposer avec succès, et l’ambition de rester à la pointe de l’innovation technologique.

Diplômée de l’IEP Paris et titulaire d’une maîtrise de droit public à Paris II, Marie-Laure Sauty de Chalon a commencé sa carrière en 1985 comme chef de publicité des suppléments économiques du Nouvel Observateur puis de Libération et Régie Presse (groupe Publicis). Elle rejoint Général Média (régie publicitaire du Nouvel Observateur, VSD, Actuel, Challenges, La Tribune…) en 1988 comme Directrice de la Publicité de La Tribune et de L’Expansion, avant d’être nommée, en 1990, Directrice Générale de La Régie. En 1993, elle devient membre du comité de Direction puis Directrice Générale Adjointe de France Télévision Publicité.

C’est en 1997 qu’elle rejoint une première fois le groupe Carat afin d’assurer la Direction Générale de Carat Prospective et de Carat Interactive. Elle est nommée en février 2000 Directrice Générale Adjointe et membre du Comité de Direction de Carat. En 2002, elle part pour les USA  pour occuper à New York la fonction de CEO de Consodata North América. Elle devient en 2003 Présidente de La Grande Régie qui réunit Le Monde Publicité, Publicat et Régie Obs puis en 2004 Présidente d’Aegis Media Europe du Sud. Depuis juin 2010, Marie Laure dirige, en tant que PDG, le groupe Aufeminin.

Elle a été nommée membre du collège de l’Autorité de la Concurrence depuis 2014 et est administratrice du Groupe LVMH et de Carrefour, et membre du Conseil de surveillance de JCDecaux.

Aufeminin est un groupe de média mondial, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 113,5 millions d’euros en 2017. La société anonyme est détenue à 78,43 % par le groupe TF1, qui a racheté en décembre 2017 ces parts au groupe allemand Axel Springer, et cotée en bourse au compartiment B d’Euronext Paris. Présent dans vingt pays, Aufeminin est l’un des 1ers éditeurs mondiaux de contenus et communautés pour femmes, avec des marques, telles que Aufeminin, Marmiton, My Little Paris, Onmeda, Merci Alfred, EtoileCasting, Netmums, Zimbio, StyleBistro et Lonny. Dès sa création en 1999, le groupe s’est construit autour des réponses qu’un média digital apporte aux besoins des femmes. Le groupe fédère près de 149 millions de visiteurs uniques par mois dans le monde, et plusieurs millions de membres sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Google+, YouTube, Instagram, Snapchat et Pinterest).

 

Propos recueillis par Emilie Levêque