ordres du jour, comptes rendus, questions d’actionnaires

La seule qui repose sur la présence effective à TOUS les rendez-vous des sociétés cotées : assemblées générales annuelles et extraordinaires, présentations de résultats semestriels et annuels, investor days

La veille de l'HebdodesAG

La seule veille qui repose sur la présence effective à TOUS les rendez-vous de 700 sociétés cotées en France et à l'étranger : assemblées générales annuelles et extraordinaires, présentations de résultats semestriels et annuels, investor days

L'invité(e) est :

L’invité de l’hebdo : Bruno Jeanbart, Directeur Général adjoint d’OpinionWay

Que ce soit à travers la prospective économique de Lagarde à Macron lors de ses vœux ou par les analystes financiers, les perspectives économiques sont annoncées comme excellentes. Observez-vous la même confiance dans vos enquêtes d’opinion récentes ?

Pour bien comprendre le tableau de l’opinion sur ces sujets, il faut distinguer les acteurs économiques (comme les chefs d’entreprises) des citoyens car leur regard est différent. Chez les chefs d’entreprise, depuis l’élection de Macron, il y a un véritable regain de confiance en l’économie mondiale et française.

En décembre 2017, les indicateurs étaient extrêmement positifs : 60% des chefs d’entreprises disaient avoir confiance dans l’économie française contre 54% dans l’économie mondiale. Ce sont des chiffres très élevés qui, avant l’élection de Macron, étaient inférieurs à 30%. Il y a eu doublement de la confiance des chefs d’entreprise. Ce qui est marquant, c’est surtout la confiance accordée à l’économie française : c’est quasiment la première fois que ce taux de confiance dépasse celui de l’économie mondiale. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, il se passe bien quelque chose auprès des acteurs économiques.

Du côté des citoyens et des consommateurs, c’est un peu plus mitigé. Il y a une vraie amélioration : ce mois-ci, 30% des Français trouvent que la situation s’est améliorée au cours des 12 derniers mois, ce qui représente une hausse de 15 points par rapport à l’année précédente. C’est bien, mais cela ne reste que 30% : la majorité des Français ont plutôt le sentiment que les choses stagnent mais ne ressentent pas vraiment d’amélioration. Cela signifie que la situation ne se dégrade pas mais que la confiance des citoyens reste largement à gagner en 2018 afin d’avoir un tableau de l’économie française plus positif sur l’ensemble des participants.

Emmanuel Macron a été élu sur un programme favorable à l’actionnariat privé notamment avec des mesures fiscales incitatives et qui considère l’actionnariat comme l’un des moteurs de l’économie. Ce parti pris tranche avec la situation qui avait lieu jusque là où l’actionnariat privé souffrait d’une mauvaise image et connaissait une érosion lente depuis 15 ans. Avez-vous observé une revalorisation du rôle de l’actionnaire depuis l’élection ?

Il est un peu tôt pour trancher car nous n’avons pas encore dans nos enquêtes d’éléments perceptibles d’évolution de la situation liée notamment à la réforme de la fiscalité des produits financiers dont la « flat tax » qui va démarrer en 2018. Beaucoup de « petits actionnaires » individuels n’ont pas encore perçu cette évolution car ils ne réagissent pas aussi rapidement que les investisseurs institutionnels.

De plus, la réforme est complexe pour ces actionnaires individuels car beaucoup de leurs investissements en actions passent par des fonds et des contrats qui avaient déjà des statuts spécifiques. Il n’est donc pas certain que la réforme ait un effet immédiat très fort.

Le désintérêt qui existe concernant l’actionnariat individuel et l’investissement dans les entreprises résulte d’un problème d’image et il n’est pas certain que le gouvernement ait déjà réussi à le corriger. Ce problème d’image repose sur la perception de l’utilité économique de l’investissement dans les entreprises. Les Français n’ont pas forcément conscience de l’importance de l’investissement dans l’entreprise par rapport à d’autres investissements économiques. La France est un pays plutôt vieillissant et ceux qui possèdent le patrimoine et qui pourraient investir dans les sociétés sont souvent des personnes âgées. Elles cherchent donc des produits stables et rassurants : elles investissent plutôt dans la pierre et considèrent l’investissement dans les entreprises comme risqué. On verra si l’ensemble de l’action économique du Président et de son gouvernement arrivera à profondément modifier cette image.

En revanche, je crois qu’il existe l’idée que l’investissement dans les entreprises représente un enjeu très fort pour le pays. Nous voyons que cette tendance augmente dans nos enquêtes : le sentiment de nécessité d’une capacité d’actionnariat forte au sein du pays est croissant. Reste à réussir à le décliner au niveau individuel de chaque épargnant.

Il y a 20 ans, le rêve des Français était de travailler dans une grande entreprise. Aujourd’hui, cela n’est plus si sûr. Les start-upers sont beaucoup plus médiatisés et sont rendus beaucoup plus sympathiques qu’un patron du CAC 40 par la presse. Pensez-vous que c’est une tendance de fond ou est-ce un épiphénomène surmédiatisé ?

Depuis 5 ou 6 ans, il y a une réelle amélioration de l’image de l’entrepreneur qui est passée par la valorisation des start-upers, de ces nouvelles entreprises, des nouveaux services et modèles. Ils sont bien plus porteurs dans l’opinion publique que les grandes entreprises qui restent très décriées en France.

Mais il ne faut pas confondre cette amélioration d’image qui se traduit par une progression dans les sondages des notions de passion ou d’investissement personnel au détriment de l’idée de chefs d’entreprise gestionnaires d’un capital avec les souhaits des jeunes salariés.

L’attractivité des grandes entreprises reste très forte auprès des jeunes diplômés car elles offrent des choses qui correspondent à ce que recherche cette génération comme l’internationalisation ou les opportunités de carrière. Quand on regarde ce que disent les jeunes, autant de jeunes disent vouloir travailler dans une petite entreprise que de jeunes qui veulent travailler pour une grande entreprise.

L’image du start-uper est extrêmement positive sur l’impression générale que peuvent donner les chefs d’entreprise dans le pays mais cela ne va pas dire que la grande entreprise est morte et perçue comme sans intérêt sur le marché du travail.

En quelque sorte, une trajectoire différente pour l’image des grands patrons et celles des grandes entreprises ?

Un phénomène marquant ressort quand on interroge les Français sur les figures emblématiques des chefs d’entreprises. Dans les grandes entreprises, il n’y a pas de patrons qui s’imposent comme figure emblématique. Ce sont plutôt soit des start-upers soit des patrons issus d’entreprises plus récentes de la nouvelle économie comme Xavier Niel par exemple. Il n’y a pas de grands capitaines d’industrie qui incarnent le chef d’entreprise en France.

C’est un progrès car il y a encore 5 ans, les figures emblématiques du patronat français étaient encore des personnalités très traditionnelles comme Michel-Édouard Leclerc ou Bernard Tapie, qui était souvent cité dans nos enquêtes. L’émergence de nouvelles figures est donc positive mais il est vrai qu’il n’y a pas une grande visibilité des patrons du CAC 40 pour devenir une figure emblématique du chef d’entreprise pour les Français.

Selon vous, quel est le principal enjeu de la relation de ces grandes entreprises cotées et leurs différentes parties prenantes ? On pense aux actionnaires mais aussi aux salariés (actuels, anciens, futurs), les collectivités locales, les clients, les fournisseurs.

Quand on regarde les évolutions de la société française, une grande thématique s’impose : la transparence. Ce n’est pas totalement nouveau mais il y a une volonté croissante aussi bien des consommateurs que des actionnaires d’être rassurés et d’avoir le maximum d’informations sur l’ensemble des acteurs de la société et des entreprises aussi. Cette transparence est importante car les tendances un peu complotistes ont le vent en poupe dans l’opinion publique : être transparent est un moyen d’y répondre et de prévenir le mal. On voit bien que toute polémique, tout scandale prend très vite des proportions importantes et peut avoir des effets sur les entreprises. La transparence permet de mieux gérer ces relations là.

Au delà de ça, la transparence est également une demande assez forte de la part des salariés que des clients des entreprises car elle est une source d’engagement et de fidélité et c’est un élément très important. C’est un sujet difficile à gérer pour les entreprises car il y a des parties qui sont faciles à rendre transparentes mais aussi des sujets qui nécessitent plus de discrétion voire de secret, c’est un équilibre qui n’est pas simple à trouver. On le voit bien dans d’autres secteurs en France comme dans le monde politique qui lui aussi est confronté à cet équilibre difficile à trouver entre plus de transparence et conserver des parts d’obscurités nécessaires à l’action politique. Dans le monde économique, c’est pareil. Mais il y a une volonté globale des Français d’être traités comme des adultes, d’être mieux et plus souvent informés.

Diplômé de Sciences Po Paris et titulaire d’une maîtrise de sociologie politique, Bruno Jeanbart analyse l’opinion publique depuis 20 ans à l’Ifop puis chez CSA,avant de rejoindre en 2006 OpinionWay dont il est aujourd’hui le Directeur Général adjoint.

Il y a développé, entre autres, les études d’opinion réalisées en ligne, faisant d’OpinionWay le premier institut publiant en France des sondages politiques réalisés par l’intermédiaire de cette méthodologie.

Bruno Jeanbart réalise également, depuis 2004, des missions d’études des campagnes électorales aux États-Unis et au Royaume-Uni, en rencontrant ceux qui les mettent en oeuvre : consultants politiques, sondeurs ou communicants des différents candidats.

OpinionWay est un institut d’études et de sondages d’opinion. Créé en 2000, OpinionWay rassemble aujourd’hui 75 personnes, environ un millier de clients, une présence étendue au continent africain, et une croissance annuelle de 10 % depuis plusieurs années.

Propos recueillis par Bénédicte Hautefort
Vidéo de l’interview réalisée par Michel Elbsat, disponible sur notre chaîne Youtube : https://youtu.be/HhKjfLQM9Yo