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L'invité(e) est :

L’invité de l’Hebdo : Bertrand Badré

Parlez-nous du succès de votre livre, Money Honnie. En quoi la finance se réinvente-t-elle aujourd’hui ?

Ce livre est un peu le mode d’emploi de la façon dont nous pouvons aujourd’hui faire vivre l’écosystème de la finance, pour le réinventer. L’édition américaine s’appelle « Can Finance Save the World », car je pense sincèrement que la finance, bien utilisée, peut sauver le monde. J’ai été soutenu par de nombreuses personnes et je leur en suis reconnaissant. En particulier, j’ai été extrêmement honoré et heureux que le Président Emmanuel Macron ait accepté d’écrire la préface de ce livre, dans laquelle il prend acte que le défi majeur de la finance aujourd’hui, c’est de se mettre au service de l’environnement, du développement, de l’innovation qui bénéficie à tous.

Vous parlez d’un moment charnière, où la finance se trouve au confluent de deux tendances

Je crois en effet qu’on arrive à un moment charnière, après dix ans de crise, où on a le sentiment que les choses vont mieux – c’est ce que le FMI a dit encore ces derniers jours, la croissance est là, elle est générale, il n’y a plus une zone du monde qui ne soit pas prise en compte par cette croissance, un sentiment de soulagement donc, et en même temps un certain vertige. On se rend compte qu’on n’a pas complètement réglé les problèmes, qu’il reste une série de questions sans réponse. En particulier, une interrogation de fond sur la finance, qui, déréglée, nous a menés dans le mur : est-ce que cette finance est à nouveau domptée au bénéfice du bien commun, au bénéfice de l’intérêt général. On n’est pas de la réponse à cette question. On voit bien qu’on est au confluent de deux tendances, d’un côté « ça va mieux », et d’un autre, « la finance, est-ce qu’elle ne va pas nous entraîner à nouveau dans les travers précédents », donc comment passe-t-on à la suite ?

D’une certaine manière, c’est le sous-titre de l’édition américaine de mon livre, que j’ai assez largement mise à jour et ajustée pour répondre aux critères américains, parce que les Américains ne raisonnent pas complètement comme les Français, donc on ne peut pas faire exactement la même chose. Le sous-titre est « regaining control of our money to serve common good», soit « reprendre le contrôle de l’argent pour servir le bien commun », refaire de la finance un instrument pour répondre aux défis de notre monde contemporain. Ces défis se multiplient. Celui dont on a le plus parlé en France, et pour cause, c’est le climat, avec COP21, et le récent sommet organisé par le Président Macron en décembre « One Planet ».

Le livre n’apporte pas toutes les réponses, mais porte témoignage de ce que j’ai vécu en ayant été dans la finance pendant 20 ans, et des idées que j’essaie de promouvoir pour une finance qui soit véritablement utile, véritablement responsable, et qui ne soit plus un mauvais maître, pour reprendre la sagesse populaire, mais une très bon serviteur.

Comment différenciez-vous investissement responsable, durable, ISR ?

On émerge d’un cycle qu’on peut qualifier de néo-libéral, ouvert avec Margareth Thatcher, fin des années 70/début des années 80, de développement de la finance, d’ouverture des marchés de capitaux, de libre circulation des capitaux, d’explosion des marchés de dérivés, des marchés de change, tout ce que nous avons vécu entre la fin des années 70 et aujourd’hui. Mais à quoi servait, par exemple, un CDO-Squared ? On est en train de se poser la question. On est aujourd’hui en train de sortir de ce cycle-là et de se dire « quelle est la suite ? ». Mais il n’y a pas de Maître du Monde qui dise « la suite s’écrit comme cela ». La suite, elle se teste. Il y a une partie extrêmement frustrante, avec une multiplication de définitions ; on ne sait plus ce que c’est que l’impact, ni l’ISR, ni le Développement Durable, … mais cela ne me choque pas. A un moment donné, il faudra que cela se normalise, parce que c’est comme cela que ça marche, c’est comme cela que cela se développera vraiment, avec la bonne comptabilité, le bon reporting. C’est ce qu’on a essayé de faire avec la task force Bloomberg sur le climat et le carbone. Il faut qu’on aille dans cette direction.

Vous soulignez que nous sommes aujourd’hui dans une phase intermédiaire

Mais en même temps, on n’a pas une vérité révélée dès le premier jour, il faut accepter de tester, accepter de se planter, il faut accepter la concurrence. On est dans cette phase un peu vertigineuse où on a l’impression qu’il se passe plein de choses, qu’on ne va pas y arriver, que les choses ne sont pas cohérentes. Il y a deux écueils : il ne faut pas couper tout cela, c’est important, et il ne faut pas non plus s’illusionner en se disant qu’il se passe tellement de choses que c’est gagné. Ce n’est pas vrai, ce n’est pas gagné. On parle par exemple beaucoup des obligations vertes, les Green Bonds, la Green Finance, et on se réjouit d’avoir passé la barre des 100 milliards de dollars. C’est sûr que 100 milliards de dollars, c’est beaucoup d’argent, mais quand on regarde la taille des marchés de taux dans le monde, cela reste une goutte d’eau. Il faut donc se réjouir de ce qui se passe, laisser, comme on disait dans les temps héroïques en Chine, faire que cent mille fleurs fleurissent, c’est important, mais en même temps, ne pas se raconter d’histoire, ce n’est pas gagné, il y a quand même toute une série de choses qui restent à faire

Vous citez en exemple le sujet des Social Impact Bonds

C’est un sujet que j’aime beaucoup. Les Social Impact Bonds, ou obligations à impact social, on en parle beaucoup, mais la réalité est que ce ne sont que quelques dizaines de souches dans le monde pour un montant de quelques milliards. C’est tout petit. On en parle beaucoup plus que cette réalité, et pourtant cette réalité est extrêmement importante. Il faut l’arroser, la bouturer, la faire grandir.

Vous avez créé Blue like an Orange il y a un an. Quelle a été votre approche en termes de philosophie et d’investissement ?

Il y a la vision, et puis il y a toujours une rentrée dans l’atmosphère délicate entre cette vision « je vais changer le monde de l’investissement » et « je commence par là ».

Notre vision c’est de marier performance et impact de l’investissement sur le monde. De plus en plus de personnes souhaitent que leur argent serve à promouvoir leurs valeurs et leur vision du monde. Ce n’est pas encore la majorité, mais c’est une tendance qui se développe, en particulier de la part des nouvelles générations. Et en même temps, on ne peut pas sacrifier la performance. Ce que je souhaite, c’est élaborer un produit d’investissement qui vous garantisse que le risque que vous prenez est rémunéré à la hauteur de ce risque – on est bien dans une relation commerciale – et que par ailleurs vous soyez confiant dans le fait que l’argent que vous investissez aura un impact positif – il y a bien sûr plusieurs types d’impacts ; nous avons choisi de nous attacher aux objectifs de développement durable, qui ont une définition officielle et universelle, choisie par 293 Etats en 2015 à New-York.

Pourquoi cette recherche de performance est-elle vitale ?

En termes macro-économiques, c’est une réallocation volontariste de capital vers les pays émergents, là où l’éco-système aujourd’hui favorise plutôt les obligations à taux zéro dans les pays développés. Nous sommes aujourd’hui de manière naturelle dans un monde où le système investit dans des obligations à taux zéro ou juste positif, en Allemagne, en Suisse, au Japon ou ailleurs, même en France. C’est complètement sous-optimal ; on le fait parce qu’on est averse au risque, parce qu’on a peur, parce qu’on préfère de manière certaine gagner très peu que de manière moins certaine gagner un peu plus ou avoir un impact. On voit bien que ce système tombe en impasse, c’est-à-dire que si on continue à investir dans des obligations qui rapportent 0 à 1%, votre pension vous aurez du mal à la payer, et votre assurance-vie, qui vous rapportait 4% il y a dix ans, et 1,5% cette année, va finir par vous rapporter zéro. Si on démontre qu’on peut mobiliser une partie de cette épargne, des fonds de pension, de l’assurance-vie, des fonds souverains, dans l’énergie en Afrique, l’agriculture en Amérique Latine, ou la santé et l’éducation dans l’Asie du Sud, je pense que c’est à la fois bon pour ces pays, bon pour les clients des fonds, les retraités et les assurés, parce qu’ils auront des rendements, et c’est bon pour le monde, parce que c’est là qu’est la croissance démographique.

Avez-vous une thématique géographique ?

Nous nous concentrons que les pays émergents, parce que c’est probablement là que sont les besoins. Si on prend l’exemple de l’Afrique, on sera 4,5 millliards d’Africains à la fin du XXIème siècle. On sera toujours 500 millions d’Européens. Ce qu’on est en train de vivre actuellement avec les réfugiés venant d’Afrique, si on n’est pas capable d’aider l’Afrique en facilitan t son développement, deviendra un gigantesque problème.

Quel est le premier pas de Blue Like An Orange ?

Je commence en Amérique Latine, sur de la dette. Je crée des produits d’investissement : des infrastructures, des entreprises qui cherchent à financer leur croissance, dans le secteur de l’éducation, de l’agriculture, de la santé par exemple, des institutions financières locales, comme des banques locales, qui elles-mêmes financent les PME, les logements sociaux. Nous démontrons qu’il est possible de gagner sa vie correctement, avec une espérance de gain que personne ne conteste, qui démontre qu’on peut à a fois avoir un effet positif sur l’économie de ces pays et avoir une politique de développement durable avec ces pays, tout en étant rémunérés sur le risque pris.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Nous espérons pouvoir réaliser les premiers investissements dans les mois qui viennent. Cela prend du temps de créer un fond, dans un univers qui est très réglementé, et je souhaite être réglementé, car je n’ai pas du tout envie d’être un « cowboy de la finance ». Nous avons une équipe à Luxembourg, en charge de tous ces aspects juridiques, légaux, due diligences, relations avec les autorités réglementaires. Nous avons une équipe d’investissement, dont je fais partie, qui est basée à Washington, proche de notre partenaire, la Banque Interaméricaine de Développement, ce qui nous permet de bénéficier de son historique de plusieurs dizaines d’années, de sa présence avec plusieurs milliers de personnes sur le terrain, des bureaux dans vingt-cinq pays.

Propos recueillis par Bénédicte Hautefort

Ex-directeur général de la Banque mondiale, et directeur financier du Crédit Agricole et de la Société Générale, ainsi qu’ancien Conseiller pour l’Afrique et le développement auprès du Président Jacques Chirac, Bertrand Badré est aujourd’hui le PDG et fondateur du fonds d’investissement Blue Like an Orange Sustainable Capital.

Il a récemment publié un livre intitulé «Money Honnie : si la finance sauvait le monde» dans lequel il démontre que la finance peut et doit avoir des applications pour le bien commun. La version française de son livre a été préfacée par l’ancien Premier ministre du Royaume-Uni, Gordon Brown. La version américaine est préfacée par le Président de la République française, Emmanuel Macron.

Blue Like an Orange Sustainable Capital est un fond d’investissement créé en 2016 par Bertrand Badré. Le fond cible les marchés émergents, en recherchant simultanément des rendements proportionnels au risque et un impact social articulé sur des objectifs de développement durable .