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La veille de l'Hebdo des AG

L’édito de Bénédicte Hautefort

Assemblées générales 2022 : les femmes, le Climat, et les ex-PDG

Cette année comme tous les ans à la même date, nous avons invité les « proxy » – ISS, Glass Lewis Proxinvest – et l’AFG à prendre position sur les sujets de l’année. 

Ils ont répondu présent, et vous avez plus de 200 à venir dialoguer avec eux, en visioconférence, conditions sanitaires obligent. C’était aussi l’occasion de vous présenter Scalens, première fintech européenne des sociétés cotées, fruit de la fusion entre HebdodesAG et Praexo.

De cette matinée et de sa préparation, je retiens un sujet-phare pour ce printemps : les AG 2022 seront focalisées sur l’extra-financier. La « diversité », qui pour l’instant en France est synonyme de féminisation ; et le Climat. C’est aussi parce que sur les autres plans, tout va bien : les résultats 2021 s’annoncent au beau fixe, et la récente étude publiée par Allianz sur les dividendes confirme que sur le plan financier, 2021 sera un bon cru. 

Sur la montée des femmes dans les équipes, les investisseurs changent de braquet. La loi Rixain a fixé le cap à 30% de femmes dans les instances dirigeantes, et ils entendent bien ne pas récompenser les entreprises qui ne feront que respecter la loi : ils demandent davantage, un plan de progression chaque année, des informations sur les initiatives concrètes en faveur des femmes. C’est que jusqu’ici, ils ne pouvaient exprimer leur point de vue qu’en pesant sur le bonus des dirigeants. Pour mémoire, ce ne sont pas les actionnaires qui ont le pouvoir de choisir directement la directrice générale d’Engie, ou de Veolia, ou de Orange. Ils restaient jusqu’ici sur leur faim, qualifiaient parfois de « nébuleux », les critères de féminisation proposés pour les bonus, allaient même jusqu’à demander franchement si ces critères de féminisation ne serviraient pas à compenser des sous-performances ailleurs. Instrumentalisées, les femmes ? Les entreprises, à l’écoute de ces critiques, ont mis les bouchées doubles pour concocter des critères mesurables : part de femmes dans les recrutements, mesures d’égalité salariale, taux de féminisation par strate de l’entreprise. Mais la loi Rixain relève la barre … Les entreprises ont quelques semaines encore pour retravailler cette copie, ou tabler sur d’autres critères. L’enjeu est le bonus 2022 du dirigeant, et comme l’année s’annonce financièrement moins facile, c’est un vrai enjeu. Cela occupera sans aucun doute le devant de la scène médiatique et le centre des exposés des assemblées générales 2022 ; mais le poids du critère dans le total des bonus – 7% en moyenne pour le CAC 40 – est trop faible pour que cela change radicalement le sens du vote des investisseurs.

Le Climat est le deuxième sujet en haut de la pile. Cette fois, les investisseurs ont des leviers multiples. Le « Say-on-Climate » a fait son entrée en France dans les AG 2021. Atos, Totalénergies, Vinci, ont soumis leur stratégie Climat au vote. Les « proxy » s’attendent à voir de nombreuses entreprises leur emboiter le pas, et ont pour cela formalisé leur cadre. Tout devrait bien se passer : la France est considérée comme bonne élève. 

Reste un sujet : les « missions spéciales » des anciens PDG, devenus présidents non exécutifs. Ils étaient une quinzaine à sauter le pas en 2021, et sont encore nombreux annoncés pour 2022. Quand ils étaient aux commandes de leur groupe, ils avaient des rémunérations de 4 à 5 millions par an, dûment documentées et soumises à performance. La tradition était qu’un président non exécutif réduise ensuite radicalement sa rémunération, passant à 700 ke en moyenne en 2019 pour un dirigent du CAC 40. L’usage a changé en 2021. Pour former leur dauphin et lui passer le relai en quelques années, ces grands patrons acceptent des missions en plus de leur responsabilité de président : relations avec les clients internationaux, lobbying à Bruxelles, comité interne RSE, … Quand ces missions ont, en 2021, pour la première fois dépassé le million d’euros, les investisseurs ont grincé des dents. C’était un premier avertissement. Après avoir passé 10 ans à mettre au carré la rémunération des dirigeants exécutifs, les « proxy » vont maintenant s’intéressent aux avantages des présidents non exécutifs. 

Bonne semaine, 

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