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La veille de l'Hebdo des AG

L’édito de Bénédicte Hautefort

Les actionnaires applaudissent la virtuosité digitale, l’attention portée au Climat, mais veulent parler un peu plus Finance

Les assemblées d’actionnaires, en 2021, ont passé des caps. Et pour une fois, l’innovation vient d’entreprises de toutes tailles, les plus petites comme les fleurons du CAC 40. Seul bémol : la partie financière est passée à l’arrière-plan, ce qui fâche les commissaires aux comptes.

Cap de l’apaisement, d’abord. Après une année 2020 où entreprises et actionnaires ont croisé le fer, les tensions se sont dénouées. Le drapeau blanc a été hissé, sur presque tous les sujets. Sur la gouvernance, les batailles Lagardère et Suez ont trouvé une issue (les assemblées d’actionnaires restent à se tenir). Sur les autorisations financières, les entreprises ont revu leurs demandes à la baisse, et les ont calibrées suivant les exigences des actionnaires. Sur le Climat, elles ont soumis leurs stratégies au vote des actionnaires, sans attendre que déboulent des résolutions dissidentes, comme en 2020. Reste un sujet qui fâche : la rémunération des dirigeants. Les scores de vote sont inférieurs de 5 points à 2020, pour le CAC 40. Explication : les entreprises ont revu les schemas de rémunération en cours d’année, pour les ajuster à des budgets revus avec la crise, elles ont essayé d’être le plus transparentes possible, et les actionnaires n’ont pas compris. Ce trou d’air ponctuel devrait se résorber l’année prochaine, quand les mécaniques d’attribution des « bonus » auront retrouvé leur fonctionnement de croisière.

L’apaisement a permis l’innovation. Premier vote en direct à distance en assemblée chez le gestionnaire d’actifs Amundi le 10 mai, avec la banque centralisatrice Caceis et la solution de Lumi Technologies. Cet essai transformé est suivi de près, le 18 juin, par la société avignonnaise Egide, spécialiste des boitiers électroniques. Les actionnaires pouvaient y assister par visioconférence en direct, y compris pour poser des questions et voter, en adressant au plus tard la veille une demande par email authentifié de leur banque. Enfin, première assemblée « hybride » pour la société de biens d’équipements pour le bâtiment SFPI le 18 juin : des actionnaires en chair et en os dans la salle, et d’autres en visioconférence.

On peut s’attendre, pour 2022, à voir se généraliser ces formats digitaux, mixant présence réelle et digital, vote sur place et à distance, convivialité et efficacité.

Le Climat était au centre des débats. En 2020, plusieurs groupes d’actionnaires avaient proposé des résolutions sur le sujet, TCI chez Vinci, qui avait refusé de les soumettre au vote, et chez Total un collectif de onze actionnaires parmi lesquels les très traditionnels Banque Postale, Meeschaert ou encore Sycomore, qu’on ne peut pas qualifier de dangereux activistes. Cette année, ce sont les entreprises qui ont fait le premier pas. Et les actionnaires ont applaudi : ils ont plébiscité les stratégies Climat d’Atos, Total et Vinci. Un sujet qui va prendre de l’ampleur au cours des mois à venir.

Seul signe d’inquiétude : la partie financière prend de moins en moins de place dans le débat actionnarial. C’est aussi que les entreprises se portent bien, très bien, et n’ont rien à demander sur ce plan. Une assemblée sur cinq, cette année, n’a pas donné la parole aux commissaires aux comptes, arguant que leurs rapports étaient disponibles sur le site. Conséquence ou coïncidence, les auditeurs sont fébriles, et n’hésitent pas à recourir aux grands moyens pour être entendus. A Solutions 30, la société qui installe les compteurs Linky, l’auditeur EY a indiqué “ne pas être en mesure de formuler une opinion sur ses comptes annuels 2020”, empêchant la tenue de l’assemblée générale. Hopscotch a vu ses comptes certifiés par KPMG, mais avec réserve, du fait que la société avait dépassé ses « covenants » bancaires, même si elle l’a expliqué et a été recapitalisée. Chez Atos, l’auditeur a émis des réserves parce qu’il n’avait pas finalisé à temps des travaux additionnels, portant sur l’application de la norme IFRS 16 par deux filiales américaines. L’opinion publique a lu trop vite, elle a compris que Deloitte refusait de certifier et les actionnaires ont rejeté les comptes, une décision jamais vue dans le CAC 40.

La prochaine saison, printemps 2022, devrait rééquilibrer les temps de parole : les prochaines assemblées seront aussi digitales, aussi attentives au Climat, mais avec un peu plus de débat actionnarial sur les chiffres.  

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