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La veille de l'HebdodesAG

La seule veille qui repose sur la présence effective à TOUS les rendez-vous de 700 sociétés cotées en France et à l'étranger : assemblées générales annuelles et extraordinaires, présentations de résultats semestriels et annuels, investor days

L'invité(e) est :

Joël Beretti & Frederic Bault / Havas Events

Frédéric Bault est Vice Président / Directeur de la Création chez Havas Event.
Joël Beretti est Directeur exécutif de la Création chez Havas Event.

« L’ envie des sociétés européennes de se rouvrir au monde et de se réapprendre passe aussi peut-être par la couleur. »

Dans la mise en scène des AG, nous remarquons cette année une nette tendance pour le bleu, suivi du blanc et même du vert. Des couleurs froides donc qui contrastent avec le message d’optimisme qui est souvent délivré. Comment expliquer ce hiatus ?

Frédéric Bault : nous travaillons beaucoup sur les AG c’est vrai. C’est l’une de nos spécificités. Pour commencer, il ne faut pas oublier que nos clients ont des couleurs., leur identité. Cette dernière évolue dans le temps. Le phénomène du bleu est classique. Le bleu c’est le ciel, la mer. Mais dans la nature, il y a très peu de bleu en réalité. C’est donc une couleur plutôt rare qu’il est facile de ramener dans une entreprise. Le bleu ouvre plein de fenêtres. Une journée comme celle-ci, donne envie de regarder dehors, de partir. On a envie de naviguer avec cette couleur. C’est une couleur facile à placer. Pour éclairer une marque, le bleu et toute la famille des bleus, c’est une couleur assez positive.

Joël Beretti : Il faut rappeler que cette année la tendance est aussi à l’ultra violet. C’est une couleur qui n’est pas très loin du bleu, un peu plus près peut-être du rouge. Elle commence à rentrer dans les compositions graphiques, dans les nuances, etc. Les grandes AG ont toujours une couleur assez ancrée comme le bleu, mais on commence à voir des couleurs plus étonnantes. On peut parler de l’ultra violet, du rose aussi. Récemment nous avons travaillé sur une AG qui a totalement changé sa charte graphique. Historiquement, elle utilisait du bleu et un peu de rouge. Mais à présent elle fait rentrer des couleurs très tranchées et étonnantes dans son environnement.

F.B. : Nous ressentons avec nos clients un vrai retour des couleurs au global. Il y a des couleurs majeures – le bleu, le blanc, certaines traces fortes qui sont liées à l’identité – mais il y a une volonté de remettre de la couleur dans la vie, dans la marque et accepter tout un écosystème, tout un champ de couleurs. C’est un jeu de dosage qui permet d’être un peu plus riche et un peu moins dur. Jusqu’en 2008, date à laquelle les AG ont été toutes bouleversées, on était un peu ostentatoire, chacun faisait ce qu’il voulait, on était très rigoureux avec l’identité. C’était l’identité d’abord… puis c’est retombé, avec un retour à beaucoup de sobriété. Puis, au fur et à mesure nos clients avaient besoin de crétion. Il fallait essayer de trouver des respirations nouvelles. On a bien senti ce mouvement ces dernières années. Aujourd’hui il y a le retour de toutes les couleurs. On peut oser des couleurs plus électriques, plus fluos, des traces, des gestes. Et ça devient alors extrêmement intéressant car il y a un jeu d’équilibre qui pour nous est plutôt plaisant.

Le retour des couleurs peut-il alors être interprété comme un signe d’optimisme des sociétés ?

J.B. : voir la vie en couleur, c’est déjà voir la vie de manière très positive.

F.B. : Il y a peut-être un phénomène qui se passe aujourd’hui , avec des grands blocs qui se dessinent en termes d’entreprises. «Notre commerce européen souffre, entre un grand commerce asiatique et un grand commerce américain. Dans cette situation, soit nous nous replions sur nous mêmes, ou alors on essaie de trouver une forme européenne avec une identité extrêmement forte basée sur nos cultures. Cette envie de se rouvrir et de se réapprendre passe aussi peut-être par la couleur.
Cette mutation est fondamentale, elle est ancrée dans nos pays européens. Je pense que la couleur participe à l’envie de renaître, et c’est pour cela qu’elle s’affiche.

L’assemblée générale est un exercice très convenu, avec notamment tout un déroulé juridique. Avec votre œil de créatif, quelles sont les possibilités que vous n’avez pas encore exploré et que vous souhaiteriez explorer pour la mise en scène des AG ?

J.B : pour un créatif c’est la meilleur question, comment réinventer un format qui est très normé. Nous avons plein d’idées évidemment, mais il y aussi plein de contraintes. Il faut imaginer comment réinsuffler de créativité, des mouvements de scénographie dans cet exercice de style plutôt très descendant, très factuel. Deux heures, trois heures d’AG, c’est quand même très statique. C’est un board, un desk avec quasiment pas de déplacements. Alors on commence à insuffler des choses de manière progressive. Sur une AG par exemple, on propose au speaker, au CEO, de ne pas avoir de desk. Ca se coache, ca s’amène doucement, ça se travaille et se répète. Rien que sur cela, on découvre déjà qu’il y a des possibilités. Et les intervenants sont aussi très impliqués dans ce soucis de réinventer les choses.

F.B : Il y a en effet un cadre juridique obligatoire. Mais il y a quand même un moment qui est hors du temps, celui de la stratégie et de la vision du Boss. Lui, il doit emmener son public malgré tout sur l’envie de rester, d’investir et de croire en la marque. Nous adorons ce moment là, c’est là que nous avons envie qu’il y ait un peu plus de « show ». Les intervenants portent une parole à laquelle ils croient, mais ils ne sont pas tous des stars de la scène évidemment. Nous, nous pouvons alors aider en insufflant avec sobriété du mouvement, par la couleur, par l’image, la dynamique pour aider à porter cette parole, qui est : « croyez en cette entreprise, elle a une vision, une stratégie, elle ira loin, restez avec nous ». C’est ce moment là qui est le moment clé et le plus intéressant à travailler. Et pour le reste, nous respectons toutes les normes qui nous sont imposées.

Propos recueillis par Jean-Sébastien Josset