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La seule qui repose sur la présence effective à TOUS les rendez-vous des sociétés cotées : assemblées générales annuelles et extraordinaires, présentations de résultats semestriels et annuels, investor days

L'invité(e) est :

Bertrand Passot

Bertrand Passot, Revol Porcelaine, créée en 1789, membre de l’association Les Hénokiens

Les entreprises qui ont fait preuve de leur capacité à traverser les siècles -en Europe, cela veut dire quatre grandes guerres- ont des choses à apprendre à celles plus récentes. Ce développement durable, sur quoi repose-t-il ?

Pour moi, trois points sont essentiels : l’humilité, le respect et la vision à long terme.
Dans une entreprise, on est confronté à des défis quotidiens qu’il faut résoudre, en tant que chef d’entreprise mais aussi en tant que collaborateur. Ce n’est pas le patron qui résout les défis des collaborateurs. Une entreprise est une équipe où le chef d’entreprise doit accepter que ses collaborateurs fassent des erreurs. Je vous ai choisi comme collaborateur, j’accepte que vous fassiez des erreurs.
Depuis quelques années, une tendance est apparue celle de la recherche du bouc émissaire. Pour moi, c’est une mauvaise façon de faire.
L’humilité se trouve aussi dans la considération pour son entreprise. Ma vision est que lorsqu’une entreprise fonctionne bien, il faut prendre garde à croire que c’est votre succès. Son succès vient de vos prédécesseurs. Le chef d’une entreprise hénokienne doit se rappeler qu’il n’est que de passage. Cela exige de la réflexion. C’est merveilleux d’être à la tête d’une magnifique outil que l’on a de la chance d’avoir en mains, mais c’est pour un temps donné.
Le deuxième point est le respect pour ceux avec qui on travaille. Un ouvrier au SMIC est un homme, une ouvrière au SMIC est une femme. Ils ont trois vies, le travail, la famille, la maison et les collaborateurs doivent se sentir respectés. C’est essentiel à la cohésion de l’entreprise. Ce point est très important chez les Hénokiens, même chez les très grandes qui comportent plus de dix mille salariés.
Enfin, la vision à long terme comprend deux aspects. A la vision stratégique pour l’entreprise s’ajoute l’aspect financier de la transmission. Le chef d’entreprise doit être raisonnable, ne peut pas prendre plus que ce que l’entreprise peut donner et ce qui est juste par rapport à ceux qui travaillent dans l’entreprise. L’innovation, le marketing se retrouvent dans toutes les entreprises mais ce qui importe vraiment sont l’humilité, le respect et vision long terme.

Pour les grandes entreprises, surtout les sociétés cotées, la gouvernance se fonde souvent sur des codes stricts. Vous, Monsieur Passot, vous répondez valeurs humaines, humilité, respect, vison long terme.

Il est vrai que le fonctionnement d’un Hénokien de six ou dix mille salariés est différent de celui de Revol, l’entreprise que j’ai dirigée et qui en compte deux cent cinquante. Là où elles se rejoignent, c’est dans l’anticipation de la transmission par rapport à un environnement donné. Pour reprendre l’exemple de Revol, elle se situe dans un village de deux mille cinq cents habitants, la Drôme, d’où ont disparu les deux concurrents qui existaient lorsque j’ai repris l’entreprise. Nous avons donc une responsabilité civile, sans oublier que certains de nos ouvriers le sont eux aussi de père en fils.

Cette humilité ne présente-t-elle pas un autre avantage, celui d’une meilleure appréhension des risques ?

Bien sûr, c’est comme lorsque l’on conduit son automobile. Celui qui se prend pour Fangio aura plus de chances de tomber dans le ravin. L’humilité n’est pas une valeur cardinale absolue mais permet de demander pardon à ses collaborateurs lorsque l’on s’est trompé. Un chef d’entreprise qui commet une erreur, cela représente 50 000 dollars, pour un collaborateur, le chiffre tombe à 5 000. L’humilité permet ainsi de faire équipe. Une entreprise fonctionne à la fois parce qu’il y a un leader et parce que tous les rouages tournent bien.

Les Hénokiens sont des entreprises familiales. Se sont-elles ouvertes ces dernières années aux administrateurs indépendants ?

Je ne saurais vous répondre. Surement pour les hénokiennes de grande taille. Cependant, dans les sociétés comme la nôtre, il est certain que à mon départ, je serai remplacé par un profil extérieur à la famille. L’autarcie est impossible, il faut s’ouvrir à l’extérieur, être confronté à soi-même par les autres.

L’association des Hénokiens a été créée par des chefs d’entreprise français. Pourtant, en France, moins de 20 % des entreprises sont transmises à une personne de la famille, contre plus de la moitié en Allemagne et près de 70 % en Italie. Comment expliquez-vous ces différences ? Cela vient-il de la fiscalité ?

Sans doute en France y a-t-il plus de patrons qui s’accrochent. Deuxième point, les entreprises allemandes sont plus grandes et plus riches en fonds propres. La fiscalité, certes est désavatageuse mais il existe des mécanismes de transmission qui sont loin d’être rédhibitoires.
Je soulignerai deux autres caractéristiques françaises. Personnellement, mes enfants et moi-même ont toujours vécu au milieu d’industriels, tant du côté paternel que maternel. Une entreprise créée depuis une ou deux générations ne possède pas cette culture, d’autant que l’image du chef d’entreprise n’incite pas les jeunes à le devenir. Peut-être aussi le long terme n’intéresse-t-il plus les gens qui sont plus incités à prendre leur argent qu’à durer.

La formation joue aussi un rôle dans l’association des Hénokiens. Vous travaillez en relation avec l’INSEAD.

Il s’agit moins de formation que de promotion des entreprises familiales. De rappeler qu’une entreprise est une aventure magnifique. Nous nous présentons comme des patrons heureux d’entreprises, souvent de taille moyenne, avec un bel environnement d’équipe et avec un bel élan. Le tissu économique français est composé de petites et de très grandes entreprises. Celles de taille moyenne sont plus rares, moins connues, peu mises en avant. Prenez l’exemple de : ils fabriquent les rivets d’Airbus, de Peugeot mais n’est pas connue. Nous rayonnons sur le territoire mais de façon cachée.

Les Hénokiens accueillent aussi des entreprises étrangères, japonaises, autrichiennes, néerlandaises.

Oui, ce sont nous qui allons les chercher et c’est difficile car il existe peu d’entreprises familiales bi-centenaires et dirigées par un descendant du fondateur. Aujourd’hui, il existe plus d’Italiens que de Français dans l’association et cette confrontation est enrichissante.
Le dernier critère, celui de la bonne santé financière signifie que l’entreprise dégage des profits. Même si traverser les siècles induit des périodes sombres, une entreprise en difficultés aura d’autres soucis qu’intégrer les Hénokiens. Nous ne sommes pas destinés à soutenir des entreprises qui ont des problèmes, il leur appartient de les régler elles-mêmes.

Biographie d’Olivier Passot
70 ans, titulaire d’un BTS, Bertrand Passot a travaillé dans le pétrole avant de rejoindre en 1980 l’entreprise Revol Porcelaine, née en 1789 à Saint-Uze dans la Drôme. Sous sa direction, l’entreprise attaque les marchés à l’exportation, rachète l’enseigne Delaunay qui la fait accéder au secteur de l’hôtellerie et se spécialise dans le culinaire. En 2007, il en laisse la direction à son fils Olivier pour prendre la tête du conseil de surveillance, qu’il quitte ensuite pour être simple administrateur.
Revol est aujourd’hui une marque d’art de la table professionnelle et grand public –avec deux produits phares, la carafe Ricard créée en 1936 et le gobelet froissé- dont les deux tiers de la production sont exportés.

Les Hénokiens
Créée en 1981, l’association Les Hénokiens est une association de près de cinquante entreprises familiales et bicentenaires, en Europe et au Japon. Les critères d’appartenance sont la longévité – 200 ans d’âge au moins-, la pérennité – majorité du capital détenue par les descendants du fondateur- , la bonne santé financière et la direction effective assurée par l’un d’entre eux.
Les Hénokiens ont pour objectif le développement de ses membres à travers le monde autour d’une philosophie commune : la valeur du concept de l’entreprise familiale, alternative aux multinationales.
Avec l’association Le Cha^teau du Clos Lucé, Les Hénokiens délivrent chaque année le prix Léonard de Vinci qui récompense « la capacité de transmission, dans une entreprise familiale parvenue au stade industriel, d’un ensemble de valeurs culturelles, de traditions, de savoir-faire et de techniques particulières constitutives d’un patrimoine intangible et vivant ».

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