L’édito de Bénédicte Hautefort

4 décembre 2017. La France vient de clôturer son troisième « mois de l’investissement en France », l’occasion pour toutes les ambassades dans le monde de convaincre les étrangers d’investir en France. L’enquête IPSOS sur l’attractivité de la France, publiée à cette occasion, fait état d’un bond de l’investissement : +35% depuis 2016, plus de 1000 projets en cours, attractivité du pays +24%. Certes, le Brexit et le ralentissement des pays émergents ont aidé. Mais la France n’attire pas seulement par défaut : Ipsos met en avant la transformation numérique et les qualités entrepreneuriales, le Quai d’Orsay invoque l’innovation.

Et la gouvernance « à la française » ? Coïncidence de calendrier : l’AMF publie au même moment son rapport annuel sur la gouvernance, notant de fortes améliorations (voir notre Enquête cette semaine). Oui, la gouvernance est un atout fort, parce qu’il rassure et encadre l’utilisation des fonds étrangers confiés aux entreprises françaises. Un étranger qui choisit d’investir en France sait que l’entreprise concernée opèrera dans un cadre de gouvernance spécifique : il n’y a qu’en France que la loi fixe le nombre de mandats par administrateur, une responsabilité collégiale, un quota minimum de 40% de femme et la notion d’administrateur indépendant, là où les pays d’influence anglo-saxonne utilisent la notion d’ « exécutif/non-exécutif ». La limitation du nombre de mandats a rendu les administrateurs très disponibles (la moyenne aujourd’hui est tombée à 1,1 mandat en moyenne par administrateur dans le SBF 120, vs. plus de 3 il y a 8 ans).

Le principe de responsabilité collégiale, dans les faits, donne à chaque décision le poids d’une décision à l’unanimité – puisque ce principe impose à chaque administrateur, même s’il vote contre une décision, d’être tenu solidairement responsable de la décision collective.

La mixité des Conseils a fait école, désormais dans toute l’Europe.

Enfin, Pierre Rodocanachi, notre Invité de cette semaine, nous rappelle le fondement historique de la notion d’administrateur indépendant : parce qu’il est exempt de conflit d’intérêt, il apporte au Conseil une vision différente, il enrichit la gouvernance – à condition qu’il sache, avant toute chose, écouter le vécu de l’entreprise.

Souvent, en France, il est de bon ton de décrier ces choix délibérés de faire différemment des autres pays. Mais les chiffres démontrent que les investisseurs étrangers approuvent ces partis pris. Non seulement ils investissent, en capital-risque et en bourse, mais ils votent très favorablement, dès qu’ils peuvent. En particulier, ils applaudissent des  deux mains le concept d’ « administrateur indépendant ». En d’autres termes, nous pouvons toujours mieux faire, mais ce n’est déjà pas si mal.

B.H.