L’édito de Bénédicte Hautefort

Communication extra-financière : le nouveau terrain du dialogue sociétés – actionnaires

 

Les marchés financiers, en cette fin d’hiver, reculent, alors que les sociétés n’annoncent que des bons, souvent même de très bons résultats et des perspectives optimistes.

Comment l’expliquer ?

Les chiffres rassemblés par l’Hebdo des AG le démontrent : les marchés avaient déjà anticipé les bonnes nouvelles financières, et la baisse résulte d’autres informations, que les analystes financiers n’attendaient pas et qui ne relèvent pas directement de la performance financière des sociétés : acquisitions (chacun sait que les acquisitions sont toujours facteur d’inquiétude pour les actionnaires en bourse), mouvements géopolitiques, crise de réputation de la société (sujets fiscaux par exemple).

Le dialogue sur ces informations extra-financières requièrent de la part des sociétés autant sinon davantage que les aggrégats financiers, information, pédagogie, temps de dialogue avec le marché. Bien sûr, un(e) Investor Relations Officer (IRO) n’empêchera pas, par exemple, l’administration de M. Trump de taxer les importations d’acier ; mais cet(te) IRO a le temps et la formation pour expliquer au marché comment l’entreprise restera performante même si cette taxe est mise en place. Le rôle de l’ « IRO » d’informer le marché en continu, de gérer les crises et donc de lisser les impacts des nouvelles, bonnes ou mauvaises.

Ce travail de pédagogie n’est pas nouveau, mais, jusqu’ici, il n’était pas encore normé, suscitant des grands écarts boursiers. Le législateur et les acteurs de place ont saisi cet enjeu. L’obligation d’information extra-financière, normée à partir de 2019, donnera à toutes les sociétés un cadre de communication identique, quelle que soit leur taille – et qu’elles aient ou non un(e) « IRO ». Dans le même esprit, la mise à jour du Code de Gouvernance propose d’introduire systématiquement des critères extra-financiers pour définir le variable des dirigeants : une pratique que de très nombreuses sociétés cotées font déjà, poussées par leurs investisseurs. Par exemple, l’empreinte carbone, ou le taux de satisfaction clients, sont des éléments non financiers qui sont à la fois depuis longtemps intégrés dans les schema de rémunération des dirigeants, et annoncés régulièrement aux marchés, au même titre que le chiffre d’affaires ou les résultats semestriels.

Les nouveaux rapports d’information extra-financière sont pour les entreprises un travail additionnel. Mais l’enjeu est de taille : il s’agit de supprimer les à-coups boursiers en harmonisant les pratiques. Et après tout, il ne s’agit que de coucher sur le papier des savoir-faire de communication que les sociétés cotées maîtrisent déjà.

B.H